Sion défie la grande Argentine

L’équipe d’Argentine à la World Cup 1966.
En 1966, l’équipe d’Argentine invite le FC Sion, alors fraîchement vainqueur de la coupe suisse, dans le but de préparer sa coupe du monde. En effet, l’Argentine aura à défier la Suisse dans le groupe 2 et à une époque où les images sont râres, son sélectionneur désire tâter du football helvétique avant la grande échéance. Retrouvez régulièrement sur ce blog, un compte-rendu souvenir des grands matchs qui ont fait la légende du FC Sion.
Le journaliste sportif use souvent de l’adjectif “historique”. Il en abuse même. C’est “historique”, Pantani s’impose devant Armstrong dans les Alpes, Schumacher remporte sa 6ème victoire d’affilée, Federer remporte Wimbledon, le Liechtenstein - quasiment le FC Vaduz - tient le grand Portugale en échec, et j’en passe… souvent des vertes et des moins mûres. Il est vrai cependant que certains matchs ont fait l’histoire du club et plutôt râres sont les occasions de les commémorer. D’où l’intérêt de cette nouvelle rubrique Les matchs de l’histoire, hommage aux valeureux des nôtres, qui par le passé ont su aller chercher l’exploit, faisant la légende de ces couleurs auxquelles nous sommes attachés depuis l’enfance. Saviez-vous qu’en 1966, le FC Sion eut l’honneur de défier l’équipe nationale d’Argentine à Buenos Aires, sur le stade du River Plate, là où les blanc et ciel seront sacrés champions du monde 12 ans plus tard face à la Hollande ?
En 1965, Sion avait remporté la première coupe Suisse de son histoire. Personne ne devinait alors la fabuleuse histoire d’amour qui allait lier le club à cette compétition, mais tout le monde était peu fier de l’exploit créé face au Servette. En tant que vainqueur de la coupe, le FC Sion fut invité par l’Argentine qui préparait sa World Cup anglaise, dans lequel elle affronterait la Suisse au premier tour. Les Argentins étaient bourrés de talents et pouvaient même prétendre au titre suprême. Enfin c’est ce que prétendent les anciens, car personnellement les noms de Marziolini, Perfumo, Rattin, Onega et Artime (sorte de Batistuta des années 60) ne disent strictement rien à mon jeune âge. Enfin, tout cela pour dire que déjà à l’époque, l’Argentine était un tout gros morceau.
Vidinic le grand !
Du côté de Sion, les noms de Quentin, Bosson (fraîchement débarqué du Servette), Vidinic, Sixt, Eschmann me sont déjà plus familiés. L’équipe était bien sûr dirigé par le sorcier “Mantul”, tombeur des Genevois du Servette. Le match partit sur un rythme soutenu et vit rapidement les aviateurs argentins débouler de toutes parts. Mais une fois n’est pas coutume, les Dieux du football avaient décidé de faire la nique au plus fort, afin de favoriser un petit David de leurs coeurs. Et derrière, Sion sorti le grand jeu. Perroud, Germanier et Jungo rééditaient l’exploit du Wankdorf, en présentant une arrière-garde complètement imperméable. Norbert Eschmann rapporte aussi que Vidinic fit un match extraordinaire. “Oui extraordinaire ! Un adjectif souvent galvaudé mais en la circonstance, convenant. Il arrêtait tout, le grand Bané.”
L’anecdote
A force d’insister, les bombardiers adverses finirent par marquer par Artime (le Battistuta de l’époque). Mais à 1 à 0, Sion tenait un résultat plus qu’honorable et pouvait rentrer au pays avec les honneurs. On se dirigeait vers la fin du match, quand Sixt - qui tient encore aujourd’hui une blanchisserie à la Place du Midi - gagna son duel sur son aile, parvint enfin à centrer en direction d’Eschmann, qui d’une vollée fort honorable trouva les filets argentins. Incroyable ! Sion égalisait et allait tenir le score jusqu’au coup de sifflet final. Ainsi le match devenait “historique”.
Plus incroyable encore, cette anecdote de Norbet Eschmann, aujourd’hui journaliste aux 24 Heures. Quand l’ASF avait appris que Sion allait jouer en Argentine, elle interdit aux deux joueurs de l’équipe nationale suisse, à savoir Quentin et Bosson de participer au voyage. La Suisse jouerait en effet dans le même groupe que l’Argentine lors de la World Cup. Ceci embêtait Valentini, le manager du club, qui avait passé un accord financier avec l’Argentine qui stipulait que des joueurs connus devaient participer à la partie. En effet, si les Argentins avait invité une équipe suisses, c’était bien pour espionner leur mode de jeu et leurs deux joueurs internationals.
Ce sur quoi, le mentor Mantul eut une idée fumeuse, il suffirait d’inverser les maillots. Ainsi Eschmann jouerait avec le maillot de Quentin, Quentin celui de Bosson et Bosson celui d’Eschmann. Eschmann ne marquerait jamais de but contre cette Argentine là, dont il était prévu qu’elle devait au minimum nous passer 5 buts, et personne en Suisse ne saurait que Quentin et Bosson auraient joué. Et c’est comme cela qu’Eschmann marquait le seul but valaisan sous le nom de Quentin. Et le lendemain, quand la presse suisse relevait l’exploit, tout le pays sut que René Quentin était l’auteur d’un but de légende contre l’Argentine. Et l’ASF fut piqué contre le FC Sion, car évidement l’histoire de Mantula et sa feinte de faire passer Eschmann pour Quentin, personne n’y a cru !
Argentine - FC Sion 1-1 (0-0)
Buones Aires, 1966. Spectateurs : inconnu.
Argentine : Marzolini, Perfumo, RAttin, Onega, Artime et autres. Entraîneur : inconnu.
FC Sion : Vidinic, Perroud, Germanier, Jungo, Sixt, Mantula, Bosson, Eschmann, Quentin et autres. Entraîneur : Mantula.
Buts : Artime (1-0), Eschmann (sous le nom de Quentin) (1-1).
World Cup England 1966
Coupe du monde 1966, en Angleterre :le groupe 2 est composé de l’Argentine, la Suisse, l’Espagne et l’Allemagne de l’Ouest. A Sheffield, la Suisse fait moins bien que le FC Sion en perdant 2-0 contre l’Argentine en match de pool. L’unique but suisse de la compétition est marqué par Quentin, lors de la défaite de l’équipe Suisse 2-1 contre l’Espagne. La Suisse finit dernière de son groupe avec 3 défaite (5-0 contre l’Allemagne), 0 point, 1 but marqué et 9 encaissés. En finale, l’Allemagne perd en prolongation contre l’Angleterre dans ce qui restera le match le plus controversé de l’histoire du football.
